Alexandre LE ROCH, Ph.D, NASA Research Fellow - Radiation & Capteur d'images


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Pourriez-vous présenter votre parcours ?

Dans mon parcours scolaire, j’ai toujours privilégié l’approche technique et expérimentale. C’est avant tout sous cette forme que j’apprécie l’enseignement. Après le BAC, j’ai donc naturellement poursuivi en DUT Mesures Physiques. Assez vite, ma curiosité et mon intérêt pour aller plus loin dans les concepts abordés m’ont poussé à intégrer l’INSA de Rennes, une école d’ingénieurs. À la suite de ma formation en science des matériaux pour l’électronique, je me suis orienté vers les applications spatiales et ai intégré le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) de Toulouse pour un stage de 6 mois.

Malgré l’opportunité qui s’est présenté de poursuivre en thèse à la fin de mon stage, j’ai préféré intégrer un master international à Rennes School of Business en management de l’innovation. C’était pour moi l’occasion d’explorer un tout nouveau champ d’expertise trop peu abordé en école d’ingénieurs et de développer une vision plus transverse quant à la dynamique d’innovation en laboratoire, en startup et dans les grandes entreprises. Au cours de ce master, j’ai effectué un stage de 6 mois à STMicroelectronics à Singapour mêlant expertise technique et développement commercial d’une nouvelle technique de capteur sur silicium. J’ai notamment contribué au transfert technologique de ce capteur qui vise à passer d’une preuve de concepts issus d’activités R&D à un produit industrialisable à grande échelle. Ce n’est qu’après cette expérience à l’international que j’ai choisi d’entamer une thèse avec le CNES, l’ISAE-SUPAERO et le CEA sur l’impact des radiations spatiales et nucléaires sur les capteurs d’images CMOS. Aujourd’hui, je travaille à la NASA en tant que chercheur au Goddard Space Flight Center (GSFC) aux Etats-Unis près de Washington DC.


Pourquoi avez-vous décidé d’effectuer une thèse ?

À ce moment de mon parcours, je cherchais avant tout à m’approprier une activité ou un projet qui avait du sens pour moi et dans lequel je pouvais m’investir à tous les niveaux sans restreindre ma contribution dans une chaine de décisions. Cette volonté s’est principalement forgée au cours de mes expériences professionnelles précédentes, en laboratoire comme en entreprise, qui m'a renseigné sur le cadre de travail qu’implique le métier d’ingénieur. Cette liberté à développer des compétences transverses et variées est assez transparente dans l’entreprenariat et il m’a fallu du temps pour comprendre à quel point je pouvais également m’y retrouver dans une thèse. Dès lors que l’encadrement, le sujet et les financements s’y prêtent, la thèse devient alors un projet d’innovation de 3 ans au cours duquel on s’investit dans la théorie, la technique, la valorisation scientifique des résultats ainsi que sur ces éventuelles répercussions sur l’émergence de nouveaux usages ou produits.

Dans un laboratoire, on bénéficie de beaucoup de moyens humains et matériels pour se former à bien plus que la composante technique inhérente au doctorat. Les prises de décisions stratégiques de recherche, la valorisation des résultats sous forme d’articles scientifiques et de communications grand public, la recherche et la gestion de financement, la création du contenu didactique pour l’enseignement, tout cela forme un environnement propice à une montée en compétence qui fait du doctorat une formation sans équivalent.


Quel poste occupez-vous aujourd’hui et en quoi votre doctorat vous est-il utile ?

Je travaille à la NASA en tant que chercheur au Goddard Space Flight Center (GSFC) aux États-Unis près de Washington DC. Mes activités s’articulent autour de deux missions. Tout d’abord, en tant qu’ingénieur radiation, je suis en charge de la qualification aux radiations spatiales des photodétecteurs et capteur d’images. Cette mission consiste à évaluer, planifier, tester et approuver l’utilisation de ces composants pour une mission donnée pouvant aller d’un télescope à une caméra embarquée sur une sonde d’exploration ou un rover.

Ensuite, en tant que chercheur, ma contribution consiste à développer des standards de test aux radiations pour ces mêmes photodétecteurs et capteurs d’images sur des bases théoriques et pratiques. Le but est de pouvoir fournir des méthodes de référence pour assister les ingénieurs radiation dans leurs prises de décisions au sein des différents centres NASA et JPL. Cette activité passe aussi par de la création de contenu didactique sous la forme de formations et de collaborations techniques pour développer des bancs de mesures.

Tout naturellement, la thèse m’a permis de développer tout le bagage théorique et technique pour mener à bien ces deux missions. Pour autant, je dirais que c’est avant tout le développement de mon réseau professionnel que j’ai pu étendre et entretenir au travers de conférences et collaborations internationales qui m’ont permis de développer des relations de confiance avec d’autres scientifiques et acteurs du domaine. Ainsi, la thèse comme les différents prix de conférences ou de thèses furent aussi des médias pour développer des relations professionnelles.


Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite se lancer dans une thèse ?

La thèse est une expérience unique qui vaut la peine d’être considérée dès lors que la recherche et l’innovation vous intéressent. Ensuite, de par mon expérience, l’encadrement reste le premier critère à évaluer avant de s’engager dans cette voie. Le sujet n’est évidemment pas en reste mais il est souvent difficile voire impossible pour un candidat d’évaluer à la fois la pertinence scientifique et la capacité du sujet de recherche à assurer au docteur une activité professionnelle pérenne. En d’autres termes, le sujet, fruit de la réflexion de l’encadrement, doit avant tout permettre au candidat de se former dans un domaine dans l’air du temps pour anticiper son entrée dans le marché du travail que ce soit dans le secteur publique ou privé.

À défaut de pouvoir se fier au sujet en lui-même, j’invite les candidats à discuter avec l’encadrement pour concilier l’intérêt du candidat avec l’intérêt de la communauté scientifique ou industriel au sens large pour éviter une reconversion professionnelle forcée à l’issu du doctorat. Pour moi, l’encadrement doit aussi être le principal garant de la motivation, notamment au travers de la valorisation scientifique qui inclut l’activité du candidat dans une communauté scientifique et technique. Pour finir, la thèse est une formation très enrichissante qui va de pair avec un encadrement de confiance et qui nécessite des échanges approfondis tout au long des trois ans. S’en assurer avant la prise de décision est primordial.


Une thèse est-il un plus sur le marché du travail ?

Comme énoncé précédemment, il faut avant tout que le sujet soit suffisamment en adéquation avec la réalité du marché du travail en laboratoire comme en entreprise. Cela dit, la thèse n’est à mes yeux que trop peu valorisée en France en comparaison à ce qui se fait à l’étranger et notamment aux États-Unis. De mon point de vue, on peut discerner deux points pour expliquer cette différence.

D’abord, en France, faire une thèse sonne souvent comme « la suite logique pour faire de la recherche » ou encore « une formation académique théorique ». Bien que tout cela soit totalement vrai, ces idées incomplètes et préconçues masquent toute la diversité des activités qu’il est possible de mener en thèse comme énoncé précédemment. Après tout, on peut aussi faire de la recherche en tant qu’ingénieur et devenir un expert par l’expérience.

En réalité, et c’est mon deuxième point, les thèses et les docteurs ne sont pas encore reconnus à leur juste valeur sur le marché de l’emploi en France et peinent à faire valoir leurs compétences, pourtant bien tangibles, face à d’autres candidats ingénieurs. Il y a en effet un nombre assez limité de postes qui nécessite un doctorat plutôt qu’un diplôme d’ingénieur ou de master. Trop souvent, le bilan pour les docteurs est d’avoir favorisé une formation qui leur plaît au détriment d’une rémunération moindre pour ensuite s’aligner sur une embauche dans laquelle ils peinent à déployer et faire valoir leurs compétences.

En comparaison, le marché du travail américain reconnaît aux docteurs des atouts différents des autres formations et propose en conséquence des postes spécifiques à ces profils. Ces mêmes entreprises et instituts publiques bénéficient donc d’autant qu’ils valorisent les compétences des docteurs que ce soit financièrement ou au travers d’un plan de carrière attractif.

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