Emilie ROBERT, Chercheuse postdoctorale en imagerie spectrale et multispectrale (CNES)

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Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview


Pourriez-vous présenter votre parcours ?

Après le bac j’ai intégré un DUT Mesures Physiques (MP) à Marseille. Je ne savais pas encore que je ferai des études longues, d’abord parce que dans mon milieu social d’origine ce n’est pas automatique, et aussi parce qu’on m’expliquait que le DUT était une formation professionnalisante et que je serai donc technicienne une fois diplômée. Au cours de cette formation j’ai beaucoup apprécié le programme d’enseignements très complet couplé aux travaux pratiques longs et très réguliers. J’aimais cette manière d’apprendre et j’avais envie d’apprendre encore. J’avais déjà très envie de travailler dans le domaine de l’instrumentation spatiale et la découverte de l’optique et la photonique en DUT MP m’a convaincue : je continuerai mes études.

A l’occasion de mon stage de fin de DUT au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille je fais connaissance avec le milieu des laboratoires de recherche, je rencontre des doctorants, j’assiste à des soutenances, les sujets abordés me passionnent et je me sens à l’aise dans ce milieu dans lequel l’apprentissage dure toujours. Mes professeurs d’optique à l’IUT me parlent d’un master international de recherche créé il y a quelques années à Marseille : EUROPHOTONICS-POESII. Ils me préviennent : il faudra combler quelques trous dans mes connaissances occasionnées par le programme du DUT MP qui ne prépare pas vraiment à l’optique théorique mais m’encouragent. Ainsi j’intègre une L3 de Physique Appliquée à la suite de mon DUT pour faire la passerelle avec le master.

Je travaille dans les salons étudiants pour gagner un peu d’argent et lors des pauses je vais donner mon CV à mon tour, c’est comme ça que je trouverai mon stage de L3 : technicienne en optoélectronique à la DGA, au centre Techniques Aéronautiques (Toulouse). Je rencontre dans ce cadre les interlocuteurs qui me proposeront une thèse quelques années plus tard. Après la L3 j’intègre donc le master EUROPHOTONICS.

Nous sommes 30 : 3 français, le reste de la promo vient d’Inde, d‘Arménie, du Mexique, d’Allemagne, d’Espagne… j’apprends encore, beaucoup, de manière plus théorique cette fois, et aussi sur le plan humain et culturel. Tous les cours sont en anglais et je ferai un semestre en Allemagne grâce au programme Erasmus. J’obtiens un double diplôme : Master de Physique, option photonique d’Aix-Marseille Université, et Master of Optics of the Karlsruhe Institute of Technology (Allemagne). En deuxième année de master je reçois la proposition de la DGA d’effectuer une thèse pour un sujet commun au Laboratoire de Recherche Biomédicale des Armées (IRBA) et au laboratoire Capteurs d’IMages Intégrés (CIMI) de l’ISAE-SUPAERO. Mon envie d’apprendre étant encore non assouvie, j’accepte.

Pendant 3 ans et demi, je suis servie, j’apprends beaucoup et dans tous les domaines : scientifique, humain, organisationnel, administratif, droit du travail… c’est exaltant et difficile. En 3ème année, moins d’1 an avant la soutenance, je fais une mobilité de thèse dans une université américaine, ainsi j’intègre pour 3 mois le laboratoire Munsell Color Science Laboratory (MCSL) leader international de mon domaine de recherche : la science des couleurs. Il aura fallu beaucoup de temps et d’énergie pour arriver à financer cette mobilité et la mettre en place. Mais à quelques mois de la fin de la thèse, j’ai appris en 3 mois autant qu’en 2 ans qui venaient de passer. C’est-à-dire beaucoup. Là-bas je réalise mes dernières expériences de thèse et j’entame la rédaction du manuscrit. A mon retour je termine le manuscrit et je soutiens ma thèse.


Qu’avait cette thèse de particulier ?

Le sujet : l’ « Etude de la chaine de la vision indirecte pour applications à faibles erreurs colorimétriques » fait le lien entre deux domaines : les capteurs d’images et la vision des couleurs. Les laboratoires co-encadrants de mes travaux de recherche étaient chacun spécialiste de l’un de ces domaines. Ceci implique de longs mois d’équilibrage : sur les méthodes de travail, le langage, les définitions, de manière à réussir à travailler ensemble ensuite.

L’axe de recherche était plutôt nouveau pour mes 2 laboratoires encadrants dans le sens où ils n’étaient pas auteurs des publications des travaux de l’état de l’art du domaine. Pour cette raison, une bonne moitié de ma thèse aura eu pour but une revue de littérature visant à pointer du doigt les perspectives des travaux précédents. A partir de là, un plan de travail sera développé afin d’avancer sur la voie des réponses aux questions actuelles.


Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite se lancer dans une thèse ?

Renseigne-toi avant de commencer : sur ton sujet certes, mais avant tout sur l’ambiance dans l’équipe de travail. Rencontre ta direction de thèse, rencontre les autres doctorants, et à plusieurs reprises si besoin.

Je crois également qu’il faut mieux ne pas avoir de doute sur son degré de motivation. En effet en 3 ans (ça peut paraitre long et cours, c’est en fait les deux à la fois) il faudra comprendre un sujet scientifique si bien, que tu pourras le faire avancer ne serait-ce qu’un petit peu. Ça demande de s’imprégner de son sujet et pour moi ça a été synonyme de temps de travail important.


Quel poste occupez-vous aujourd’hui et en quoi votre doctorat vous est-il utile ?

Je suis chercheuse en postdoctorat pour le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES). J’applique les méthodes développées en thèse et conjointement avec le CIMI (ISAE-SUPAERO) et le MCSL (USA) je cherche à améliorer ces méthodes pour rendre les images et les signaux spectraux plus fidèles à la réalité physique des scènes observées depuis et dans l’espace.

A nouveau (comme en thèse) il s’agit de conduire un projet de recherche. En doctorat j’ai beaucoup appris concernant l’organisation nécessaire pour cela. J’ai appris à dialoguer avec mes pairs en français et en anglais, à mettre une expérience en œuvre, à partager mes résultats de manière claire et détaillée ou vulgarisée en fonction de mon interlocuteur. Tous les jours dans mon travail je profite de ces savoirs, savoir-faire et savoir-être développés en thèse, pour me consacrer entièrement à l’avancement de mes recherches et à l’application de mes résultats.

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