Noah, Saleh Eddine BEN JBARA, Ingénieur modélisation et développement, CEA

Merci beaucoup d'avoir accepté l'interview.


Pourquoi avez vous choisi de faire un doctorat?

Influencé par la culture industrielle de ma famille et fasciné par le parcours de mon père, j'ai décidé d'avoir une carrière exceptionnelle comme lui.. En effet, depuis mon enfance, mon père m'a emmené à l'usine de mon oncle où il travaille. J'ai vu les machines tourner et les boules de chewing gum se former... pour qu'à la fin de la journée je puisse rentrer chez moi heureux avec mon gros sac de bonbons.

J'ai été encore plus fasciné lorsque mon père a reçu son prix d'invention suite à sa formation en Allemagne. Je trouve formidable que mon père ait réussi à développer des machines compliquées tout en étant autonome et excellant. Mais j'ai aussi vu que mon père avait du mal, et il a bien travaillé dès son plus jeune âge et il s'est beaucoup investi.

J'ai compris que pour vivre une vie exceptionnelle, pleine d'épanouissement et de bonheur, il fallait avoir un plan d'action exceptionnel. Au besoin, il fallait changer de pays pour se détacher des contraintes financières et des angoisses qui vont avec, ainsi que de s'éloigner des relations de non-reconnaissance, de corruption, d'abus et d'exploitation au vu de l'expérience de mon père.

Apres avoir eu un diplôme d’ingénieur en génie industriel de l’Enit, suite à une formation préparatoire PCSI à l’IPEIT, j’ai choisie de déménager en France pour une formation complémentaire à l’Université Jean Monnet en collaboration avec l’Ecole des mines de Saint Etienne qui tourne autour du numérique pour l’amélioration de la performance .

Après mon master, être classé parmi les premiers m'a facilité le choix d'une thèse de doctorat. Poussée par ma curiosité, l'envie d'acquérir plus de compétences et plus de maturité et d'atteindre mes objectifs à long terme, j'ai opté pour le doctorat à Grenoble INP.

Ma thèse s'intitule: «Maîtrise des risques dans les chaînes logistiques : Une approche par la simulation et l'ingénierie basée sur les modèles» et a été financée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. J'étais encadré par Gulgun ALPAN et Pierre DAVID.

La gestion des risques dans les chaines logistiques était un thème récent et les méthodes et outils actuels ne répondent pas encore totalement aux préoccupations des manageurs des chaînes logistiques. Plus particulièrement, ils sont difficiles à mettre en oeuvre et/ou manipuler. Le but de ma thèse a été de faciliter l'utilisation de la simulation pour l'analyse des risques dans les chaines logistiques.

Dans ma thèse, j’ai développé un référentiel de modélisation pour la simulation, qui permet d'assurer une construction facile des modèles des chaines logistiques et les risques associés. Ce référentiel est basé sur le référentiel SCOR et est bâti sur un ensemble de meta-modèles (en SySML) et des bibliothèques prédéfinies et adaptés à la définition rapides et efficaces de chaînes logistiques. Un guide de traduction permet le passage de ce modèle conceptuel vers un modèle de simulation permettant de tester les scénarios de risque. dans le cadre d'une chaîne d'approvisionnement.


Comment évaluez-vous votre expérience doctorale ?

Le doctorat m'a pris quatre ans et pendant ce temps j'ai développé des compétences dans une variété de domaines. Celles-ci comprenaient la recherche, le développement d'outils de recherche et l'acquisition de compétences avancées en analyse et simulation des risques. J'en ai profité pour apprendre à jouer du luth et intégrer un groupe de musique qui animait des spectacles pour les Grenoblois.

Je termine ma these avec plus de confiance sur ma capabilité intellectuelle à relever les défis et à atteindre mes objectifs…

La thèse me permet d'explorer des sujets d'actualité tels que les risques liés à la crise du COVID, les risques liés aux nouvelles technologies et leurs influences sur le cyber-harcèlement, et les risques liés à la prise de décision sur les enjeux du changement technologique et politique…

Je dois souligner certains soucis de sécurité qui ont perturbé nos activités et une vulnérabilité liée au métier intellectuel des chercheurs et à la diversité de leurs parcours dans l'environnement grenoblois.


Quel est l'apport de votre doctorat à votre profession actuelle?

Actuellement, je travaille comme ingénieur modélisation et développement à la CEA (Commissariat à l'Energie Atomique).

L'une des références utilisée pour définir le sujet du projet sur lequel je travaille est mon travail de thèse.

Le projet consiste à developper un démonstrateur de jumeaux numérique pour la simulation des chaines logistiques.

L'objectif de la plateforme, appelée Sonaris (Solution d’optimisation numérique pour l’analyse et le redesign intégré de la supply chain) est de démontrer des cas d'utilisation à grande échelle reproduisant des contextes réalistes.Elle consistera en un ensemble de modèles représentatifs de domaines ou de problématiques spécifiques dans lesquels les industriels pourront se projeter en fonction de leur activité.

Le jumeau numérique teste des scénarios et des hypothèses pour une prise de décision plus éclairée et rationnelle. Il permet ainsi de mesurer l'impact d'une décision avant sa mise en œuvre, et s'adapte aux spécificités de chaque entreprise, alimenté par des données directement issues du terrain.

Mon objectif est de développer un modèle générique pour l'activité portuaire et de faire évoluer l'outil de simulation Diamant construit en intégrant des composants Papyrus pour la modélisation et des composants Moka.

L'apport du doctorat en compétences de modélisation m'a permis de solliciter l'outil Diamant au vu des besoins de modélisation afin de pouvoir pousser vers une meilleure bibliothèque et une meilleure automatisation de la génération de modèles. Mais aussi l'affinement des compétences d'analyse acquises qui m'ont permis de me projeter et de développer les briques essentielles du modèle initial pour simplifier la complexité et éliminer le bruit lié à l'avancement de la reconnaissance des fonctions.


Quelles sont vos conseils pour les gens qui pensent s’investir dans un doctorat ?

La première chose que je leur suggère de faire est de déterminer ce qu'ils veulent. Cela semble assez simple, mais il est surprenant de voir combien de fois les gens ne savent pas ce qu'ils recherchent.

S'ils veulent un poste stable et cohérent avec des opportunités de promotion typiques, je leur recommande de commencer à travailler pour une entreprise dès le début. Alternativement, s'ils veulent développer des compétences plus avancées et gravir rapidement les échelons, je leur recommande de faire un doctorat. Cependant, le salaire de départ n'est pas élevé.

Certaines des compétences recherchées et très bien rémunérées sont la science des données, la cybersécurité, l'intelligence artificielle et l'apprentissage automatique…

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