Quentin BOEHLER, chercheur en robotique médicale, ETH Zurich



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Quel est ton parcours étudiant et professionnel ?

Entre 2008 et 2013, j’étudie la mécatronique à l’INSA de Strasbourg. Durant ma dernière année, je choisis de suivre un double-cursus en collaboration avec Télécom Physique Strasbourg afin d’obtenir un diplôme de master en parallèle de mon diplôme d’ingénieur (master Imagerie, Robotique, Ingénierie pour le Vivant).

J’ai un premier contact avec la recherche en 2012 en effectuant plusieurs projets au sein de l’équipe Automatique, Vision et Robotique du laboratoire ICube. Je découvre à ce moment un intérêt pour la recherche en robotique médicale. Je décide d’intégrer l’équipe en tant que doctorant en 2013, et durant mes trois ans de thèse, j’ai l’occasion de collaborer avec le LIRMM de Montpellier au sein duquel je passe la majeure partie de ma dernière année. J’ai également l’occasion d’enseigner des cours et travaux pratiques de robotique et de mécatronique à l’INSA de Strasbourg.

Je soutiens ma thèse en 2016, et mon travail est récompensé par deux prix de thèse, l’un décerné par la Commission de la Recherche de l’Université de Strasbourg, et l’autre par le Groupe de Recherche en Robotique.

A l’issue de ma thèse, je décide d’approfondir et de varier mon expérience dans le domaine de la robotique médicale à l’étranger. J’ai la chance d’intégrer le Multi-Scale Robotics Lab, ETH Zurich en 2017 en tant que postdoctorant. En 2020, j’ai la possibilité de rester en tant que Senior Scientist, me permettant ainsi d’acquérir plus d’indépendance et de responsabilité au sein d’une équipe forte de 40 chercheurs.

Depuis lors, je mène des projets transdisciplinaires en collaboration avec des partenaires médicaux internationaux.


Pourquoi avoir fait une thèse ?

Ma décision de continuer en thèse était motivée par l’excellente expérience de mon projet de fin d’étude, et la volonté de continuer mon chemin au sein de cette équipe de recherche. L’opportunité a été très naturellement amenée par mon maître de stage, qui est également mon futur directeur de thèse et l’un de mes enseignants durant mes études à l’INSA.

Au moment de prendre cette décision, je n’avais pas d’idée précise concernant mon futur dans le monde de la recherche. J’étais conforté dans cette décision par la variété des parcours professionnels des anciens doctorants de l’équipe, signe qu’une thèse en robotique me permettrait de rester sur la voie académique, mais n’empêchait en aucun cas d’en sortir si je le souhaitais.


J’hésite à faire une thèse. Comment savoir si c’est le bon choix pour moi ?

A mon sens, le choix de faire un doctorat ou non est moins important que les choix d’un environnement, d’un mentor, et d’un sujet de travail.

Il me semble qu’il n’y a pas de description générique de ce qu’est une thèse, et de l’expérience qu’il en ressort. Le doctorat a bien sûr ses impératifs (publications dans des revues évaluées par les pairs, participation à des conférences, et souvent des charges d’enseignement), mais la variété des activités qu’il implique reste immense est principalement dépendant du projet.

Mon seul conseil : communiquer autant que possible avec les futurs collaborateurs avant de se lancer. Se poser les questions suivantes peut aider :

  • Qui est mon superviseur ? Son style d’encadrement me convient-il ?

  • Qui sont mes futurs collègues (doctorants, postdoctorants et chercheurs permanents) ? Quelle est l’ambiance de travail au sein de l’équipe ? (Ne pas hésiter à rencontrer le plus de personnes possibles individuellement)

  • Quel sera mon projet et suis-je à l’aise avec le niveau de liberté qui me sera accordé pour en dévier ? (Cela peut être lié au type de financement obtenu pour le projet).

  • Suis-je motivé(e) par ce projet ?

  • Où vais-je travailler et ce lieu me convient-il professionnellement et personnellement ?

Dans mon cas, il était très utile de faire mon projet de fin d’étude dans le laboratoire de ma future thèse, et encadré par mon futur directeur de thèse. Cela m’a permis de choisir en toute confiance de continuer dans cet environnement qui je savais allait me convenir pour les années à venir.

La motivation vient souvent de la satisfaction de travailler jour après jour sur une problématique qui nous plaît, et c’est cette motivation qui permet de passer à travers les moments difficiles qui font aussi partie de cette aventure.

Si les débouchés d’une thèse peuvent être flous au moment de prendre la décision de se lancer, pour un(e) candidat(e) investi(e), un doctorat est rarement un frein à la vie professionnelle future. Il faut évidemment préciser que cette analyse est faite de mon point de vue de roboticien et au moment d’écrire cet article. Les débouchés à l’issue d’un doctorat dépendent bien sûr du domaine d’étude et du contexte économique, politique et culturel.


Un mot pour conclure ?

J’encourage les lecteurs de ce blog à prendre tous ces témoignages avec recul. Les expériences partagées ici sont bien entendu dues en partie à des décisions délibérées, mais de nombreux éléments qui définissent ces parcours sont complètement en dehors de notre contrôle. Le facteur chance est omniprésent, avec des opportunités qui parfois se concrétisent, et parfois pas. Rester à l’écoute de ces opportunités, et prendre ces décisions en toute liberté de conscience, sans crainte et de manière informée, sont à mon sens les meilleurs moyens de mettre la chance de son côté et d’être épanoui dans sa vie professionnelle.

Finalement, il n’y a pas de modèle standard de réussite, et bien heureusement.



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